江井ヶ嶋酒造 — Fondée en 1679
Eigashima Shuzo est la marque de whisky japonais la plus méconnue en Europe, et pourtant la plus ancienne. Une discrétion qui n’a rien à voir avec un manque de qualité, plutôt avec une philosophie artisanale qui n’a jamais eu besoin de faire du bruit pour exister.
Il y a des bouteilles qui vous apprennent que vous ne saviez pas grand-chose. L’Akashi White Oak en est une. La première fois qu’on la goûte, sans avoir lu l’étiquette, on cherche : un Islay léger? Un Speyside côtier? Et puis on apprend que cette bouteille vient d’une maison japonaise fondée en 1679, trois siècles avant l’ouverture de Yamazaki.
Fondée en
1679 (licence whisky 1919)
Distilleries
White Oak · Akashi
Style dominant
Malt maritime léger
Pour commencer ?
Akashi Blended
~35 €
L’histoire : trois siècles avant le whisky
Eigashima Shuzo naît en 1679 dans la ville côtière d’Akashi, préfecture de Hyogo, sur les rives du détroit qui sépare l’île principale de Honshū de Shikoku. À l’origine, la maison produit du saké, du shochu et de l’umeshu, cet alcool de prune japonais dont elle est encore aujourd’hui l’un des producteurs les plus réputés du pays. Pendant plus de deux siècles, le whisky n’existe pas encore dans cet archipel fermé sur lui-même.
Tout change en 1919 quand le gouvernement japonais commence à délivrer des licences de distillation de whisky. Eigashima Shuzo est la première maison à en obtenir une, quatre ans avant que Shinjiro Torii ouvre Yamazaki, la distillerie que l’histoire retiendra comme « la première du Japon ». Cette antériorité méconnue est l’une des curiosités les plus fascinantes de l’histoire du whisky japonais : la maison qui détenait la licence originale n’est pas celle dont tout le monde parle.
La raison de cette discrétion est simple : Eigashima n’a jamais cherché à dominer le marché. Distillant en quantités limitées, sans pression commerciale de groupe industriel, selon un rythme dicté par les saisons et les fûts disponibles, la maison a traversé un siècle de whisky japonais dans une relative confidentialité. Ce qui est en train de changer, à mesure que les amateurs francophones découvrent l’Akashi White Oak.
La distillerie White Oak : le maritime au quotidien
La distillerie White Oak, bras whisky de la maison Eigashima, est installée à quelques centaines de mètres de la mer du Seto. Ce détroit étroit, entre les îles de Honshū et Shikoku, crée un environnement maritime particulier : brumes iodées, écarts de température marqués entre la journée et la nuit, humidité constante. Ces conditions influencent directement le vieillissement des fûts — et donnent à l’Akashi ce caractère légèrement marin, salin, que les amateurs reconnaissent immédiatement.
La gamme est artisanale par définition. White Oak ne produit que quelques dizaines de milliers de bouteilles par an — une fraction de la production de Nikka ou Suntory. Cette contrainte de volume est en réalité un atout : chaque fût est suivi individuellement, chaque embouteillage est une décision artisanale. Les éditions spéciales — vieillies en fûts de bourbon américain, de sherry ou de cognac — paraissent de façon irrégulière et s’arrachent rapidement auprès des collectionneurs qui les connaissent.
« Eigashima distille depuis l’époque des shoguns. Le whisky n’est pas arrivé le premier, mais il est peut-être devenu le plus remarquable. »
La gamme Akashi : ce qu’il faut connaître
Akashi Blended — L’entrée maritime
C’est par là que commence l’aventure Eigashima pour la plupart des amateurs. Le Akashi Blended est un assemblage de malt et de grain léger, accessible dès 32-38 €, qui livre immédiatement ce style maritime doux que White Oak maîtrise mieux que personne. Notes de pomme fraîche, légère iode, caramel discret. Il se boit aussi bien seul qu’en highball — et il surprend toujours ceux qui s’attendaient à un whisky ordinaire à ce prix.
Akashi Single Malt — L’expression pure
Pour aller plus loin, l’Akashi Single Malt est l’expression la plus fidèle du terroir White Oak. Fruité, légèrement épicé, avec une texture soyeuse qui surprend à ce prix (généralement entre 50 et 70 €). Les notes de pêche, de poire et de légère salinité révèlent l’influence maritime de la distillerie avec une clarté remarquable. C’est souvent la bouteille qui transforme un curieux en fan convaincu d’Eigashima.
Éditions spéciales — Pour les collectionneurs
White Oak publie régulièrement des expressions vieillies dans des fûts atypiques : sherry, cognac, vin blanc japonais. Ces éditions limitées, produites en petites séries, ne durent jamais longtemps sur les rayons des cavistes spécialisés. Si vous en croisez une, l’hésitation n’est pas de mise — elles valent largement leur prix, généralement entre 70 et 120 €.
Bouteilles phares à connaître
Akashi Blended
Akashi Single Malt
Akashi NAS
White Oak
Akashi Sherry Cask
Editions spéciales
La gamme Eigashima en un coup d’œil
| EXPRESSION | TYPE | STYLE | BUDGET INDICATIF |
| Akashi Blended | Blended | Maritime, léger, accessible | ~32-38 € |
| Akashi NAS Single Malt | Single Malt | Fruité, salin, soyeux | ~50-70 € |
| Akashi Sherry Cask | Single Malt | Fruits secs, épicé, riche | ~70-100 € |
| Akashi Bourbon Cask | Single Malt | Vanille, caramel, marin | ~65-90 € |
| Éditions spéciales White Oak | Single Malt | Variable, collector | ~80-130 € |
Notre Regard — La Rédaction Nihon Whisky
Eigashima Shuzo : la découverte que personne ne vous a conseillée
Eigashima est le secret le mieux gardé du whisky japonais en Europe. Pendant que tout le monde se disputait les dernières bouteilles de Yamazaki 12 ans après 2015, les amateurs qui connaissaient White Oak continuaient à acheter de l’Akashi Single Malt à prix raisonnable — et à se régaler.
Aujourd’hui encore, cette maison reste sous le radar de la grande majorité des acheteurs de whisky japonais. C’est à la fois son charme et son avantage : on trouve encore des Akashi à des prix qui ne reflètent pas encore pleinement leur qualité. Profitez-en avant que ça change.
Questions fréquentes sur Eigashima Shuzo Whisky
L’Akashi White Oak est-il vraiment le plus vieux whisky japonais ?
Eigashima Shuzo détient la plus ancienne licence de distillation de whisky au Japon, délivrée en 1919 — quatre ans avant l’ouverture de Yamazaki. Cependant, la distillerie a produit du whisky de façon discontinue, et la distillerie Yamazaki est souvent citée comme « la première distillerie japonaise » car c’est la première à avoir produit et commercialisé du whisky de façon industrielle et continue. La distinction est subtile mais réelle : Eigashima a la licence la plus ancienne, Yamazaki a la production la plus ancienne.
Où trouver du whisky Akashi White Oak en France ?
L’Akashi est disponible chez les cavistes spécialisés en spiritueux japonais : La Maison du Whisky, Whisky.fr, et quelques épiceries fines japonaises à Paris et dans les grandes villes. Sur Amazon.fr, on trouve généralement l’Akashi Blended et le Single Malt NAS. Les éditions spéciales sont beaucoup plus rares et se trouvent principalement en import direct ou chez quelques cavistes passionnés.
Le style maritime de l’Akashi ressemble-t-il à un Islay écossais ?
Il y a des points communs — la légère salinité, les notes iodées discrètes — mais le profil est très différent. Un Laphroaig ou un Ardbeg d’Islay est beaucoup plus tourbé, fumé, intense. L’Akashi est maritime dans le sens doux du terme : c’est l’air de la mer, pas la tourbe brûlante. Si vous aimez les Islay mais trouvez qu’ils sont parfois trop agressifs, l’Akashi sera une révélation — le même esprit maritime, sans l’excès.

